Accéder au contenu principal

Être mère, le plus beau «métier» du monde?

Il y a quelque temps, je m’ouvrais à un ami de mes doutes et questionnement quant à mon cheminement professionnel. Avais-je toujours fait les bons choix, avais-je réussi, étais-je douée, compétente? Ce genre de doutes agaçants qui surgissent de temps à autre. Avec moi, suffit de prêter une oreille attentive pendant quelques minutes et je finis par faire la part des choses pour mieux repartir en lion le lendemain.
Mais cet ami voulait faire bien mieux que juste écouter, alors il m’a balancé en pleine poire un message se voulant réconfortant qui allait ainsi : «peu importe ce qui se passe dans ta vie professionnelle, l’important c’est que tu t’apprêtes à exercer le plus beau métier du monde (être maman)». BANG!
Précision en passant, je ne m’apprête à rien du tout. Mon chum et moi avons un projet d’éventuellement fonder une famille, possiblement pas super nombreuse, si la nature nous le permet, et ainsi devenir parents dans un horizon je dirais assez ouvert (bien que de mon côté l’envie se fasse davantage sentir, étant plus âgée que mon chum). Mais, disons, même si j’étais en train d’essayer d’être enceinte là là de mon partenaire, est-ce que ç’a aurait plus de bon sens?
Soyons sérieux, il ne viendrait à l’idée de personne de dire une affaire de même à un homme. Me semble de voir mon chum se faire dire ça… «T’inquiète pas mon gars, tes interrogations professionnelles sont sans importances puisse que tu t’apprêtes à devenir papa.» Euh…
Il me semble que, dans le meilleur des cas, on décide de devenir parent à deux, comme un projet de vie, de l’ordre de la vie privée justement et c’est un projet commun dont les responsabilités, de même que les impacts sur la carrière, devraient être partagés. Malheureusement, il n’en est rien.
Oh oui les pères ont changé et ceux que je côtoie sont vraiment super. Je n’ai même rien à redire. Non seulement ils ne rechignent pas à changer des couches, se lever la nuit, se promener en solo au parc avec bébé dans la poussette, mais ils n’hésitent pas non plus à manquer le boulot si la p’tite dernière a le rhume.
Le problème est ailleurs.
Le mois dernier, dans un souper de retrouvailles «10 ans plus tard» des finissants du bac en journalisme de l’UQAM. J’ai remarqué que la majorité des files présentes étaient entre-temps devenues des mères. Beaucoup exercent le métier de journaliste, d’autres ont bifurqué vers les communications. À chacune, je leur ai simplement demandé si elles pensaient que le fait d’avoir eu un ou plusieurs enfants avait nui à leur carrière.
Je pensais bien recueillir quelques oui, mais ç’a été l’unanimité!
Je voudrais raconter ici toutes leurs histoires, mais j’ai peur que ça fasse trop long, alors je vais raconter celle de Marie-X, qui avait une super bonne relation avec son «boss» avant sa première grossesse. «Quand je suis revenue, c’était plus pareil, je sentais comme une rancœur. Puis, peu de temps après être tombée enceinte de mon deuxième, un poste de chef de pupitre s’est ouvert. C’est un poste qui m’intéressait beaucoup, mais je n’ai eu aucune chance, mon patron m’a bien fait sentir que ce n’était pas la peine de postuler parce que, de toute façon, je m’en allais en congé de maternité dans six-sept mois.»
Je parlais de ça cette semaine autour d’une pinte de bière avec deux jeunes amies dans la vingtaine, de toutes les opportunités professionnelles sacrifiées par les femmes pour fonder une famille tant désirée par elles et, souvent, leur conjoint. Une des deux amies m’a dit «ouf je suis assez contente d’être lesbienne». Je ne voulais pas péter sa bulle, mais… s’il y a une chose que je sais, c’est que la seule chose qui ne change pas, c’est le changement, et qu’elle voudra peut-être être enceinte un jour.
Pis même si, vraiment, elle ne le veut pas, je lui ai quand même dit qu’à mon sens ça ne changeait rien, qu’elle n’a pas «lesbienne ne désirant pas d’enfant» collé dans le front. Combien d’emplois elle n’aura pas juste parce qu’elle est une femme en âge de procréer? Et plus tu t’approches ou que tu débutes ta trentaine, pire c’est. Évidemment que l’employeur ne le dit pas quand c’est pour ça qu’il ne retient pas ta candidature au profit d’un ou d’une autre, mais c’est certain que ça passe encore dans la tête des recruteurs («Elle je ne l’embaucherai pas, elle va me chier dans les mains en tombant enceinte après six mois, pis va falloir que je pédale fort pour la remplacer»). C’est dégueulasse hein? Ben ça existe.
Comme si faire des enfants n’était pas une contribution à la société… Heille chose, d’après toi, c’est qui va payer ta pension du Régime des rentes du Québec (RRQ) quand tu vas être trop  vieux pour travailler? C’est qui va te nourrir pis te laver au CHSLD? Qui qui va te coiffer, te servir au supermarché du coin, au café? Mais comme on vit dans une société à courte vue, ben une femme qui fait des enfants, c’est pas un actif, c’t’un passif, ça ne contribue pas à la société, pis ça coûte cher. Calvaire!
Pis les femmes, pendant qu’elles sont en congé de maternité, elles ne cotisent plus à ce fameux RRQ via leur salaire (amputé de 30 % pendant le «congé» de maternité, congé pas reposant, il va sans dire), ni à leur fonds de pension, si elles ont la chance d’en avoir un, et encore moins à un RÉER. Ça fait qu’à la fin de la vie professionnelle, celles qui ont eu un, deux ou trois enfants sont désavantagées par rapport au conjoint, qui n’a généralement pas cessé, lui, de travailler pour élever un ou des enfants.
Bien sûr, il y a des exceptions me direz-vous. Les congés parentaux, que quelques pères prennent sur plusieurs mois, mais, sérieusement, pensez-vous que c’est la norme?
Oui on est bel et bien sorties de la cuisine pour investir la vie professionnelle, mais l’égalité de fait (et dans les mentalités) pour les femmes au boulot, on le voit bien, reste à faire.



Compléments de lecture :
 

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

La blessure

J'ai passé une très mauvaise semaine. Ça m'a torturée, j'ai peu dormi. En lisant dimanche les justifications de Jian Ghomeshi sur son compte Facebook, j'ai eu des frissons, puis des sueurs froides. C'est que ce genre de justifications interminables, tarabiscotées au possible, doublées de victimisation de l'auteur, je connais. Trop bien. Ceux qui suivent ce blogue de près savent pourquoi. Pour ce genre d'individu, tout se justifie, idéalement en usant de toutes les manipulations possibles.
Dimanche donc, alors que déjà je commençais à suspecter la vérité, j'ai vu sur les réseaux sociaux déferler une vague de sympathie sans précédent pour l'animateur déchu. D’aucuns et d’aucunes ont accusé la CBC de conservatisme moral, de frilosité. Je vais vous le dire, ça m'a mise à l'envers.
Puis, il y a eu le premier article du Toronto Star dans la nuit de dimanche à lundi (je ne dormais pas voyez vous...), puis, de plus en plus de témoignage ont fait surf…

Non ma belle, je ne te dois rien (réplique aux âneries à deux balles sur la non parentalité)

Ce qui se trouve au cœur de mon engagement quotidien, pas toujours simple et facile, c'est le désir d'une société plus juste, où l'égalité sera atteinte pour les femmes. Et quand je parle d'égalité, je parle aussi de libre choix pour chacune d'entre elles. Comme le choix de se faire avorter ou encore d'avoir douze enfants, selon leur convenance et leurs désirs.
Le malheureux texte de la blogueuse Bianca Longpré intitulé T'as pas d'enfant, tu m'en dois une!, en survalorisant la parentalité (un euphémisme!) réduit les femmes à leur rôle maternel. Parce qu'on va s’entendre, on a beau être en 2016, le choix de ne pas avoir d'enfant pour une femme est encore davantage stigmatisé que pour un homme. Lorsque l'on s'en prend ainsi aux personnes sans enfant en les traitant «d'égoïstes», on s'en prend d'abord aux femmes, qui, pour toutes sortes de raisons, en n'ayant pas d'enfant, ne rempliraient pas leur «contrat social», vo…

Il y a des maudites limites

C’est beau la loyauté en amitié, mais il me semble qu’il y a des limites à se discréditer.
Oui, j’ai lu le texte de Francine Pelletier publié par Le Devoir ce matin et je suis en colère. Déjà que j’ai encore en travers de la gorge celui, récent, où elle prenait la défense du gestionnaire de Google qui a affirmé que la biologie expliquait l’absence des femmes dans les hautes sphères décisionnelles.
Bon, c’est vrai que le fait de prendre le contre-pied de la majorité est un exercice dont certains chroniqueurs font leur choux gras depuis des décennies, que l’on pense aux Richard Martineau de ce monde, mais est-ce que cela légitimise le propos? Permettez-moi d’en douter...
Si j’essaie de décoder le raisonnement bancal de la chroniqueuse, elle semble nous dire que parce qu’on est nombreux à avoir été confrontés au harcèlement psychologique, notamment dans le monde des médias où les bullies aux egos surdimensionnés pullulent, eh bien d’abord, le harcèlement, c’est correct? Faut juste s’endurci…