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Cette maudite salope- là a eu son compte !

Mesdames et messieurs, savez-vous que le Code criminel canadien comporte des trous? S’il prévoit des sanctions pour l’incitation à la haine raciale, homophobe et antisémite (ou tout autre culte reconnu à titre de religion), rien n’a été prévu pour ce qui est de l’incitation à la haine des femmes.
Dans le concret, cela veut dire que les propos d’un type obscur, qui écrit quelque part sur internet : «les femmes, toutes des salopes, m’en va chercher mon gun pis tirer dans le tas. Vont payer les crisses », ne sont pas considérés par notre Code criminel comme de la propagande haineuse interdite.
Étonnés?
Moi oui.
J’ai fait part de ma consternation à l’avocate Véronique Robert, qui a acquiescé à ma désolation, ajoutant au passage que c'est d’autant plus regrettable que le Code criminel a été modifié en 2004 pour inclure l'orientation sexuelle parmi les catégories de propagandes haineuses interdites. « C'eût été l'occasion d'inclure aussi le sexe », m’a-t-elle écrit.
Je trouve ça passablement incroyable.
Dire que vendredi on commémorera le 24e anniversaire de la tuerie de polytechnique, crime haineux « par excellence » envers les femmes. Qu’est-ce qu’un crime haineux? C’est lorsque la ou les victimes sont choisies en raison de l’appartenance à un groupe. Le message s’adresse alors à l’ensemble de la communauté dont elles font partie.
Dans son livre, «Poly 1989.Témoin de l'horreur», le professeur retraité Adrian Cernea raconte la scène qui s’est déroulée dans sa classe ce terrible soir de décembre 1989. Le tueur, Marc Lépine, 25 ans, a séparé les neuf femmes de la cinquantaine d'hommes présents et a ordonné à ces derniers de quitter la salle. Il a ensuite demandés aux femmes si elles savaient pourquoi elles étaient là. Lorsque l'une d'entre elles a répondu «non», il a dit: «Je combats le féminisme». Ce soir là, il a tué 14 femmes, toutes dans la fleur de l’âge.
Près d’un quart de siècle plus tard, je ne conçois pas que l’on ne prenne toujours pas ce genre de menaces au sérieux.
Parce que l’antiféminisme sévit toujours, peut-être même plus que jamais. Le web agit comme haut-parleur de la misogynie ambiante et, parmi les insultes et injures, non seulement il faut se farcir des hurluberlus qui trouvent qu’Isabelle Gaston a eu ce qu’elle méritait, «qu’elle avait juste à ne pas le tromper, la chienne», mais, l’absence de mention du sexe dans le Code criminel comme groupe pouvant être visé par de la propagande haineuse pourrait avoir des conséquences catastrophiques.
À ce sujet, voici un extrait du texte d’Amissi Melchiade Manirabona, professeur adjoint à la Faculté de droit de l’Université de Montréal, paru en juillet 2011 dans Les Cahiers de Droit, article que Mme Robert a eu la gentillesse de me faire parvenir :
«La juge Hélène Morin de la Cour du Québec a récemment refusé de retenir l’accusation d’incitation publique à la haine à l’encontre de Jean-Claude Rochefort, propriétaire de trois sites Web faisant l’apologie de Marc Lépine […] M. Rochefort illustrait son idéologie masculiniste par des montages graphiques faisant usage de photos où était représenté M. Marc Lépine. Dans l’un des photomontages de M. Rochefort, apparaissait un policier disant à Marc Lépine: “STP Marc, rends-nous service: tue toutes ces salopes.” Dans un autre, M. Rochefort avait mentionné que « le 6 décembre [était] le jour de la Saint-Marc “pour le souvenir de la première contre-attaque contre les féminazies dans la guerre contre les hommes”.»
Pouvez-vous croire qu’on ne dispose pas des outils législatifs pour condamner ce genre de propos et leurs auteurs?
Contrairement à ceux qui voudraient balayer le féminisme du revers de la main, le disant dépassé, le fait que l’incitation à la haine et aux crimes envers les femmes ne soit toujours pas pénalisée au Canada en 2013 en dit long sur la lutte à poursuivre.
Même en France, pays pourtant réputé machiste, la loi inclut dans la définition de propagande haineuse la provocation à la haine ou à la violence à l'égard d'une personne ou d'un groupe de personnes en raison de leur sexe.
Je crois qu’il est temps de se mobiliser en vue des prochaines élections fédérales. Certes ce n’est pas le gouvernement Harper qui prêtera une oreille sensible à cette problématique, mais il y a peut-être de l’espoir du côté des partis d’opposition.

Commentaires

  1. L'une des femmes tuées, Maryse Laganière, était de fait une employée de l'École Polytechnique.

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  2. > Étonnés?
    > Moi oui.

    Moi aussi. Tu vient d'augmenter d'un cran ma hargne contre ma propre société, mais je t'en remercie quand même.

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    1. Merci pour le commentaire. Retroussons nos manches pour faire évoluer les mentalités, lentement, mais sûrement... ;)

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