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Le discours anti-femmes est-il payant électoralement?


Je ne sais pas si vous en avez entendu parler, après tout, il n'y a que le Journal de Montréal parmi «les grands médias» qui a repris l'info alors que La Presse, Le Devoir et Radio-Canada y sont allés d'un silence assourdissant à ce sujet, mais un candidat de la CAQ, ouvertement masculiniste et assumé, a tenu des propos dégradants sur les femmes sur sa page Facebook.

Extraits ici :
«Quand nous serons tous écrasés sur l’autoroute, il y aura un grand feu de joie avec plein de soutien-gorge dedans.»

«Dans cette société, les rôles sociaux ont été révisés, les repères moraux balayés avec la religion, et le pouvoir-politique, économique, moral est passé d’une main (poilue) à l’autre (manucurée). Que l’homme québécois est en crise n’est un secret pour personne. Et ces mutations sociologiques y sont, me semble-t-il, pour quelque chose.»

«La discrimination positive pour favoriser les hommes est envisagée dans certaines facultés. Les hommes rejoignent les noirs, les handicapés et les gais au club des minorités visibles.»

Sur le coup, ça m'a étonné, puis fâché que M. Legault ne remercie pas son candidat. J'ai même interpellé le chef de la CAQ sur Twitter à ce sujet. Sans surprise, il n'a même pas daigné me répondre...

Puis, j'ai réfléchi. Pourquoi se débarrasser d'un candidat qui tient des propos hargneux sur les femmes si l’électorat est, au mieux, indifférent, au pire, en accord avec de tels propos?

Y'a qu'à voir les commentaires en bas de pages des articles du Journal de Montréal et du Quotidien des lacs pour le comprendre. Même des femmes estiment qu'il n'y a pas de quoi fouetter un chat...!

Ben oui, y'a rien là, tiens. Quand la série télévisuelle à succès de la saison est «Les beaux malaises» à TVA où le personnage principal est un gros macho en crise existentielle, où les personnages féminins sont relégués au second plan, soit à des rôles de dindes ou de faire valoir, faut pas trop s'étonner du fait que l'égalité homme-femme ne soit pas trop dans l'air du temps....

J'ai manqué m’arracher les cheveux de la tête les deux-trois fois que j'ai essayé de regarder l'émission tellement elle regorge de prémisses sexistes.... Malheureusement, non seulement ça passe comme une lettre à la poste, mais le public en redemande.

Disons que ce succès populaire m'aide à comprendre pourquoi, par la suite, quand un candidat aux élections provinciales tient des propos dégradants sur les femmes, cela ne suscite qu’indifférence, voire approbation.

Eh misère.

J'ai déjà écrit sur la propagande haineuse envers les femmes, je n'y reviendrai pas. Vous dire seulement qu'à mon avis, si un candidat de la CAQ avait tenu des propos hargneux contre les noirs ou les juifs, il aurait été de facto éjecté. Mais les femmes? Bah... 

Un bien beau message envoyé à l'électorat féminin, n'est-ce pas? Après ça, «Legault le macho» se demande pourquoi il ne «passe pas» auprès des femmes... Bizarre non?

Mais revenons aux propos du candidat masculiniste, qui méritent d'être fortement dénoncés. Eh bien c'est justement ce qu'a fait magistralement aujourd'hui le blogueur Simon Dor, père d'un petit bonhomme, qui a résumé de façon limpide en quoi de tels propos ne tiennent pas la route.

J'en reproduis un extrait ici :
«Si l’identité de l’homme québécois reposait sur l’inégalité des chances entre les sexes, il n’y a très certainement pas de place aujourd’hui pour cet homme. Et c’est très certainement tant mieux. Mais «l’homme québécois» n’existe pas. Il n’y a que des hommes qui refusent de reconnaître que le modèle identitaire auquel ils s’attachent est fondamentalement sexiste. Que des hommes croient que leur «condition» s’est «dégradée» — sans toutefois évidemment en expliquer les détails —, c’est tout simplement dénigrer le droit de chaque individu à l’égalité des chances.»

Bang!

Merci Simon...

Commentaires

  1. Au plaisir, c'est un honneur d'être cité ici :)

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  2. Je ne vois pas de haine envers les femmes dans ce texte là, mais bien un désir de laisser les hommes de reprendre leur place dans la société

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  3. Comme s'ils l'avaient perdu... Et au profit de qui, les femmes? Comme le dit si bien Simon, l'égalité homme-femme ne sous-tend pas que les hommes perdent leurs droits, seulement leurs privilèges au détriment de l'autre moitié de la population. On est encore bien loin d'une société patriarcale telle que décrite par certains. Pour vous en convaincre, voici une excellente vidéo pédagogique du Conseil du statut de la femme: https://www.youtube.com/watch?v=pYnvNizLbdg&sns=fb

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