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Accrocher ses patins



Cette année, pour la Journée internationale des femmes, j'avais prévu me vider le cœur en vous parlant de ma fatigue morale et intellectuelle, celle-là même ayant provoqué le silence radio de ce blogue pendant plus de quatre mois, après des années de publications régulières.

Je voulais vous entretenir de la souffrance liée au fait de récolter de belles grosses doses de mépris semaine après semaine et de celle qui vient avec le fait de constamment déplaire (eh oui, le féminisme en rebute et hérisse plusieurs) alors qu'en tant que fille, j'ai grosso modo été plutôt socialisée pour séduire (sois belle et tais-toi!). 

C’est épuisant de constamment nager à contre-courant de ce qui est socialement valorisé et attendu de soi. Combien de fois me suis-je maudite et demandée pourquoi je faisais tout ça alors qu'il serait tellement plus simple de rentrer dans le rang, d'arborer un grand sourire et de chercher à être aimée du plus grand nombre.

Mais non, je suis là à constamment me faire violence, à planter l'index dans le bobo, incapable de me taire et passer mon chemin devant l'injustice. Fichu sens du devoir, y a vraiment de quoi virer sur le top certains jours... 

Je voulais aussi vous confier la tristesse que j'éprouve lorsque je perds des amis. Vous me direz qu'au fond, ce ne sont pas de vrais amis et vous aurez raison, bien entendu. Ce qui ne m'empêche pas de ressentir la brûlure de leur rejet. Je suis humaine, après tout.

Pour tout vous dire, ce huit mars prochain, je voulais vous annoncer mon intention de me retirer dans mes terres pour quelque temps.

J’ai toutefois appris cette semaine que deux chroniqueuses féministes - Geneviève Pettersen et Judith Lussier - lançaient la serviette et quittaient leurs tribunes respectives chez Châtelaine et au journal Métro. Déjà, il y a presque trois ans, j’avais vu Sarah Labarre abandonner sa chronique chez Urbania.

Même si tout cela me rend triste, je comprends que trop bien leur décision à chacune. Tenir une chronique résolument féministe n'a rien à voir avec le fait de chroniquer sur tout et sur rien. Le niveau de bruit et de haine que cela entraîne est sans pareil

Je ne vous apprends rien, être une femme et prendre la parole dans l'espace public n'est pas sans risqueC'est un problème que certains chroniqueurs ont l'amabilité de reconnaître. Chez nous, c'est le cas de Mathieu, Claude, Stéphane et j'en passe, tandis que d'autres n'hésitent pas à nier l'évidence (pas envie de les nommer et de leur donner encore plus d'exposure à ceux-là).

Or c'est difficile pour une femme d'aborder cette situation, car, bien souvent, on va l'accuser de jouer à la victime. Donc, qu'elle en parle ou non, de toute façon, elle est cuite. Tout ça est usant et, parfois, on finit tout simplement par choisir de se taire.

Heureusement, Geneviève Pettersen nous promet de reprendre du collier sous peu, sur une nouvelle tribune, dans une nouvelle forme, mais sans renier totalement la chronique. Voilà qui me console quand même, un peu.

Et puis, avec tout ça, j'ai décidé de ne pas accrocher mes patins, du moins, pas encore. 

Ce blogue vivra.

Commentaires

  1. Merci beaucoup...je comprends très bien vos positions à toutes et je ne peux qu'accepter le besoin de ressourcement que vous éprouvez...malheureusement la manipulation est tellement grande encore sur les femmes que même ces dernières n'y voient que du feu...merci d'être avec moi...avec nous toutes

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  2. Hélène Cornellier27 février 2017 à 12:35

    MERCI DE RESTER AVEC ET POUR NOUS TOUTES.

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  3. Je suis de tout coeur avec toi Marilyse. C'est pas normal tant de haine. C'est raide, ça fait mal. Quand on a des convictions, on se fait toujours rentrer dedans. Pour le féminisme, là, j'ose même pas imaginer tous les terribles messages que tu reçois. Je t'envoie des bises!

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  4. Grâce à un article du Devoir, je découvre votre travail et je vous félicite de tenter de poursutenterJe vais vous suivre régulièrement avec tout mon respect. Longue vie Mademoiselle.

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  5. Je vous encourage à continuer.
    J'ai apprécié votre contribution à la séquence vidéo 1er mars 2017. «Doit-on se taire face aux trolls?» sur YouTube et sur le site du Devoir.
    À revoir et à réfléchir.

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  6. Bien heureuse! Je viens de le découvrir, ce blogue!

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  7. Bonjour Marilyse, merci de continuer, même s'il est facile d'imaginer les raisons qui pourraient vous amener à le faire. J'ai 58 ans et je lis des textes féministes depuis à peine quelques années. Des femmes comme vous m'y ont amené. Ce n'est donc pas peine perdue !! C'est très normal de rester plus accroché aux mauvaises critiques qu'aux bonnes, mais n'oubliez pas que beaucoup de gens vous apprécie. Bonne continuité !!
    Elzéar Belzile

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  8. Je te souhaite un bon repos! J'espère avoir la chance de te lire en des eaux plus calmes! Je suis assez néophytes en médias sociaux et j'en aurais long à dire car j'ai moi-même vécu moults commentaires déplacés et dégradants, même si je suis homme. Je t'envoie de l'amour inconditionnel, de bonnes suggestions de films (@FarceurduTemps sur Twitter, mon 1er compte, ouvert depuis 10 jours). Je te fais de gros câlins, une bise sur chaque jou(r)e, et j'espère que ça te réchauffe le coeur! Take care bella! Max

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